Qu'est-ce que le stalkerware?

Le stalkerware, aussi appelé spouseware ou logiciel de surveillance conjugale, est une application installée secrètement sur le téléphone ou ordinateur d'une personne pour surveiller ses activités à son insu. Ces applications enregistrent les messages texte, appels téléphoniques, historique de navigation, photos, vidéos, et même activent le microphone et la caméra à distance. Elles transmettent en temps réel la localisation GPS. Contrairement aux applications parentales légitimes qui requièrent transparence et consentement, le stalkerware opère en mode furtif, souvent déguisé sous des noms anodins comme 'Services système' ou 'Mise à jour'. Il est principalement utilisé dans des contextes de violence conjugale et de contrôle coercitif.

Cadre légal canadien: le Bill C-36

Le Bill C-36, entré en vigueur en 2025, criminalise spécifiquement l'installation de stalkerware au Canada. Cette nouvelle législation crée des infractions distinctes pour l'installation non consensuelle de logiciels de surveillance, passibles de jusqu'à 5 ans d'emprisonnement. La loi reconnaît explicitement le stalkerware comme une forme de violence conjugale et de harcèlement criminel. Elle interdit également la commercialisation d'applications vendues principalement pour la surveillance conjugale secrète. Le consentement ne peut être présumé dans les relations intimes. Les entreprises qui développent ou vendent du stalkerware peuvent être poursuivies. Cette loi s'harmonise avec la reconnaissance croissante de la violence technologique comme extension de la violence domestique.

Signes que votre téléphone est surveillé

Plusieurs indicateurs peuvent révéler la présence de stalkerware. Votre batterie se vide anormalement vite car le logiciel transmet constamment des données. L'appareil chauffe même au repos. La consommation de données augmente inexplicablement. Des applications inconnues apparaissent ou certaines ne peuvent être désinstallées. L'appareil démarre ou s'éteint seul. Vous recevez des messages texte étranges avec des codes. Votre partenaire connaît des détails de conversations privées ou de vos déplacements sans explication logique. Les paramètres de sécurité ont été modifiés ou des sources inconnues sont autorisées. Ces signes doivent être pris au sérieux, surtout dans un contexte de contrôle ou violence conjugale.

Le stalkerware n'est pas un problème technologique, c'est une tactique de violence et de contrôle qui utilise la technologie.

Méthodes de détection du stalkerware

Plusieurs approches permettent de détecter un stalkerware. Vérifiez manuellement la liste complète des applications installées, y compris les applications système cachées. Sur Android: Paramètres > Applications > Voir toutes les apps. Sur iOS: Paramètres > Général > Profils et gestion des appareils (si un profil inconnu apparaît, c'est suspect). Utilisez des applications anti-stalkerware spécialisées comme Certo Mobile Security, Kaspersky, ou Malwarebytes qui peuvent détecter les logiciels espions courants. Vérifiez les autorisations d'accessibilité qui permettent à une app de tout contrôler. Examinez l'utilisation des données par application pour identifier des transmissions anormales. Attention: si vous êtes en danger, la détection seule peut alerter l'abuseur.

Supprimer le stalkerware en toute sécurité

La suppression du stalkerware doit être effectuée prudemment, surtout si vous êtes en danger. Avant toute action, assurez votre sécurité physique et planifiez un endroit sûr. Ne supprimez pas immédiatement le stalkerware si cela peut alerter l'abuseur de votre découverte – consultez d'abord des services d'aide. Documentez l'existence du logiciel avec des captures d'écran pour des preuves légales. Une fois en sécurité, effectuez une réinitialisation complète d'usine de l'appareil (après sauvegarde des données essentielles). Changez tous vos mots de passe depuis un appareil sûr. Activez l'authentification à deux facteurs partout. Contactez votre opérateur pour un nouveau numéro si nécessaire. Ne réutilisez pas les sauvegardes qui pourraient contenir le stalkerware.

Prévention et protection

Protégez votre appareil contre l'installation de stalkerware. Utilisez un code PIN ou mot de passe fort que personne d'autre ne connaît, changez-le si vous pensez qu'il est compromis. Ne laissez jamais votre appareil sans surveillance avec quelqu'un qui pourrait installer un logiciel. Désactivez l'installation d'applications de sources inconnues. Sur iOS, n'effectuez pas de jailbreak qui facilite l'installation de stalkerware. Sur Android, verrouillez le mode développeur. Activez le chiffrement complet de l'appareil. Surveillez régulièrement les applications installées. Méfiez-vous des 'cadeaux' d'appareils déjà configurés. En cas de séparation conflictuelle, envisagez un nouvel appareil dont personne d'autre n'a eu accès.

Ressources et soutien spécialisés

Des ressources spécialisées existent pour les victimes. Au Canada, la Coalition pour la sécurité numérique (Coalition Against Stalkerware) regroupe des organisations technologiques et de soutien aux victimes. SOS Violence Conjugale (1-800-363-9010) offre des conseils incluant la dimension technologique. Les maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence ont souvent une expertise en sécurité numérique. Le Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes peut orienter vers des services locaux. Les cliniques juridiques universitaires offrent parfois de l'aide pour des poursuites. N'hésitez pas à contacter ces ressources même si vous n'êtes pas certain d'être surveillé – mieux vaut prévenir que guérir.

Recours légaux et poursuites

Plusieurs recours légaux sont disponibles pour les victimes de stalkerware au Canada. Au criminel: porter plainte pour installation de stalkerware (Bill C-36), harcèlement criminel (article 264 du Code criminel), menaces, et violation de la vie privée. Demandez une ordonnance de protection ou un engagement de ne pas troubler l'ordre public. Au civil: poursuivre pour atteinte à la vie privée, détresse émotionnelle, et réclamation de dommages. Selon la Loi 25 au Québec: porter plainte à la Commission d'accès à l'information pour violation de la vie privée. Conservez toutes les preuves: captures d'écran, rapports d'antivirus, historiques. Consultez un avocat spécialisé en violence conjugale ou droit technologique. Les tribunaux prennent de plus en plus au sérieux cette forme de violence.